« INTERVALLES »  

Un voyage dans les montagnes de la Basse Californie au Mexique en mars 2007, m'a permis de visionner des peintures rupestres dans La Sierra de San Francisco. Des roches couvertes des représentations d'un peuple inconnu; vestiges d'hommes qui commençaient à se décrypter, se penser, comme cherchant derrière ces parois poreuses des certitudes jamais trouvées… 

Lors de ce regard sur des peintures ancestrales j'ai ressenti un courant créatif indivisible, comme un solide continuum * sur l’imaginaire et l’inventif qui les traverse. Cette expérience s’est traduite dans mes récents travaux « Intervalles » et je les ai appelés  ainsi pour leur étalement condensé, dans l’espace du sensible.

L’intervalle est une mesure d’innombrables mouvements réels en un seul. N’ayant d'autre point fixe que sa fluidité, il chevauche comme un courant vital ( "Durée" ** ) qui se fait et se défait sans arrêt.

Les Intervalles que je peins se développent par des traits formels et informels; les couleurs varient leurs tonalités selon leur fluidité et les supports utilisés. Pour moi, ces Intervalles créatifs se fusionnent avec le réel indivisible.  

Par rapport aux peintures rupestres, j’ai interprété des formes organiques qui au moment donné disparaîtront. Ce n’est pas encore une vision tragique, c'est plutôt apercevoir la diversité créative de la vie comme un intervalle de transformations et d'extinctions naturelles. 

En revanche, la singularité des catastrophes causées par l’activité industrielle humaine - telle que l'explosion d'une plateforme pétrolière dans le Golfe du Mexique en 2010 où "(...) une semaine après l'accident (...) 800,000 litres de pétrole (...) s'écoulaient quotidiennement (...)"  *** - reflète l’accélération funeste des changements, bien en dehors des processus naturels.

Animé par cette ficelle troublante, un autre modelé davantage plus inquiétant a diversifié mes Intervalles. Quand j’ai écouté les nouvelles venant du « Golfe du Mexique », j’ai pensée à la "Marée noire"" (directe ou indirecte) sur les pinçons, loriots, momots, piverts, colibris, oiseaux bolseros, martin-pêcheurs, cormorans, frégates, hérons, cigognes, ibis, aigles pêcheurs, éperviers, urubus, hiboux, pélicans, oiseaux playeros, mouettes, flamands roses, aux pélicans... Tortues, crocodiles, serpents, l’opossum, le fourmilier, le singe-araignée, l’agouti, les kinkajous, le jaguar, l’ocelot, le raton leveur, le coati,…aux baleines, aux requins... aux marécages… aux pêcheurs.…

- Notes

* Continuum /kɔ̃.ti.ny.ɔm/ masculin: Ensemble, espace ou séquence dont les éléments adjacents n’ont pas de différences saillantes, qui sont uniquement divisibles de manière arbitraire.

** Henri Bergson définit la réalité, je résume, comme éminemment transitoire.  

« Durée »
Henri Bergson "(…) la conçoit non comme quelque chose d'abstrait ou de formel, mais comme une réalité, indissolublement liée à la vie et au moi humain.  Il lui donne le nom de durée, concept que l'on peut traduire par "temps vivant (…)  C'est un courant dynamique, exposé à des variations constantes et en accroissement perpétuel ; il échappe à la réflexion, il ne peut être rattaché à aucun point fixe, car il se trouverait par la même limité et ne serait plus (...)". (p. 17)

Dans "L'évolution créatrice" de H. Bergson. Editions Lombardi, 1971.

***  Source 2000 Watts.org  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J.T.